"Bien informés, les hommes sont des citoyens; mal informés ils deviennent des sujets" (Alfred Sauvy)

L’Algérie aura-t-elle sa révolution démocratique puis socioéconomique ?

DemocratieL’immersion dans toutes les villes d’Algérie lors des vendredis confirme la volonté du Mouvement Insurrectionnel Populaire exigeant le passage à une vraie république nettoyée de ses réseaux mafieux et corrompus. Une synthèse de la dynamique de ce mouvement issue des discussions et des questionnements se traduit comme suit. LIRE LA SUITE...

Par Pr. Kheloufi Benabdeli

Depuis le 22 février le mouvement reste attaché à ses revendications malgré les différents messages teintés de conseils, de peur, de menaces, de récupération et d’atteinte à l’économie. La persévérance de ne pas désigner de représentants de peur de voir les corrompus revenir est légitime au vu de la résistance des partis inféodées entièrement au pouvoir et qui tentent de rallier le MIP à travers leurs déclarations tels le FLN, le RND, le MPA, le TAJ et les autres satellites de ces locomotives.

Le front social a toujours été en ébullition même si ce dernier est souvent amoindri par la position inféodée au système de l’UGTA et Sidhom Said. Les nombreuses grèves sporadiques enclenchées dans tout le territoire national, les manifestations de citoyens dans leurs communs face aux indus élus imposés par le système politique même si elles ont pu paralysé le fonctionnement partiel de quelques institutions et secteurs stratégiques ne sont pas arrivées à faire démissionner le système implanté par Bouteflika. Ce dernier même en sortant par la toute petite porte alors qu’il espérait rentrer dans l’histoire s’en est allé en laisser derrière lui des bombes à retardement comme la mouture de la constitution pour préserver son système même après son départ.

Les conflits sociaux et les mouvements de contestation ont été noyés par le Mouvement Insurrectionnel Populaire et pacifique depuis le 22 février au point où il a surplombé toutes les organisations inféodées au système corrompu. La marche du vendredi reste un moyen de mobilisation particulier d’autant plus qu’il a été soutenu par les étudiants et les jeunes. Le système n’a pas su prévoir ce mouvement et n’a pas évaluer son impact social et populaire espérant qu’il va s’épuiser avec le temps. L’erreur commise par le soit disant Hauts Responsables tant des partis politiques que du gouvernement et ses appendices est de mettre en place la stratégie laissée par le président évincé ou démissionné, celle de la distribution de cadeaux auxquels les algériens n’y croient plus. Le temps des est totalement révolu puisque les dernières mesures prises par le gouvernement illégitime n’ont pas pues stopper le Mouvement Insurrectionnel Populaire qui maintient sa pression.

Les tergiversations des partis politiques inféodés au pouvoir durant toute la période de Bouteflika qui ont applaudi au 5ème mandat ont soudainement quitté le navire dés le premier SOS de dérive ne sont pas acceptés par le MIP. Les partis dits de l’’opposition sont logés à la même enseigne car ils ont fait partie du système soit en acceptant des postes de ministres, de députés, de participation à l’APN et au sénat et de participation aux élections alors qu’ils auraient pu tout simplement démissionner et mettre dans l’embarras le système corrompu. Leur position actuelle soutenant le MIP et cherchant à se recycler pour rependre le pouvoir est une stratégie vaine et stérile car le mouvement ne veut pas d’eux. Le HIRAK rejette tous ceux qui ont participé et soutenu directement ou indirectement le système Bouteflika malgré la forte présence sur les plateaux de télévision de leurs représentants qui arguent d’être clean et lancent des appels au mouvement. Le HIRAK reste imperturbable et bien dans ses bottes de revendications dont la première est le départ de tout le système dans ses composantes humaines corrompues.

Face à cette position constante du HIRAK, des néo-spécialistes en droit constitutionnel mettent en avant la Constitution alors qu’elle a été tripotée 27 fois, où étaient-ils depuis tout ce long temps et de quelle constitution parlent-ils ? A travers ce panel de pseudo-spécialistes, le système tente de se recycler et se régénérer surtout avec l’appui de l’armée qui a imposé l’article 102 de cette constitution sans mettre en premier plan le peuple et sa souveraineté qui s’est exprimé depuis 14 vendredis. Ce référendum dépasse la constitution et si le système en place légué par Bouteflika est honnête il n’a qu’à mettre en place une commission chargée de compter le nombre de marcheurs chaque semaine (les "vendrediens" et les "mardiens") et valider cette manifestation politique par un seul acte la démission de tous ceux qui ont ruiné le pays. L’argument défendu par certains nostalgiques de l’ère de la corruption, du favoritisme et du clientélisme est totalement révolu comme le prouve le réveil même s’il est tardif de la justice, de la presse et des médias. Les milliers de milliards en dinars et les centaines de milliers de dollars détournés ont scotché le peuple de la base de la pyramide ainsi que les salaires et avantages mirobolants des hauts responsables, des députés et des sénateurs.  

L’autoritarisme et les menaces déguisées sous formes de conseils du pouvoir quelqu’on soit l’institution ne fait pas mouche auprès du HIRAK ; il en est de même pour les crises qui menacent le pays de l’intérieur comme de l’extérieur. La vraie crise de l’Algérie vient des hommes au pouvoir au niveau de toutes ses institutions sans exception. Le départ du clan mafieux présent à tous les niveaux de la hiérarchie des institutions ne laissera pas un vide comme le prétendent certains analystes qui ont sûrement goutté les sandwichs au cacher et les subventions.

Le pouvoir ne semble est dans sa bulle lui imposant une sorte de léthargie car il ne semble pas avoir assimilé la réalité de ce qui se passe en matière de la nouvelle donne de sociologie politique. Le gouvernement ne semble pas avoir compris que la force d’un pouvoir et d’un Etat ne se mesure pas à sa capacité de répression, à la maîtrise du terrain par la force ; mais surtout à sa capacité d’anticiper les crises et les conflits et à défaut de démissionner mais ce n’est pas à la portée de ceux qui ont été infestés par le virus du pouvoir et des affaires.

Au lieu de privilégier la manière civilisée de traiter les demandes unanimes du HIRAK qui ne veut pas engager des discussions avec les représentants du système qu’ils dénoncent, les pouvoirs publics ont préféré se confiner dans les méthodes où ils excellent le mieux, celles de la répression et de la diversion. Cette attitude obtuse qui a conduit à l’augmentation des demandes et la perte de temps ne peut s’expliquer que par l’incompétence ou le désir de s’auto-protéger des poursuites judiciaires. Le pourrissement est un autre acte de gestion des revendications mais cette fois ci il n’y aura pas de pourrissement car le peuple en a décidé autrement et seule la démission des hommes du système reste l’unique sortie de crise, n’en déplaise aux férus de la discussion. Le confort matériel et de pouvoir dont bénéficie les responsables de partis, leurs élus et les nommés à des postes supérieurs profitent de toutes les opportunités offertes par le système pour se maintenir au pouvoir. La gestion et la gouvernance transparentes restent leur dernier souci et c’est ce qui explique qu’avec plus 1250 milliards de dollars dépensés en 20 ans le pays est passé d’un pays en voie de développement à un pays sous-développé.

Le HIRAK exige que le sac opaque des urnes soit transparent avec une nouvelle équipe pour ne pas recycler les fraudeurs qui en 20 ans sont arrivés à mettre l’économie algérienne en faillite et à officialiser la corruption et le favoritisme. La configuration politique est à l’origine de cette situation et certaines parties au pouvoir tentent de la sauvegarder par une réhabilitation habile mais rejetée. L’ensemble des gestionnaires et des gouverneurs qu’ils soient désignés ou élus avec la fraude sont arrivés à bloquer la route aux cadres compétentes et intègres, à la libre expression dans un système démocratique et au contrôle. Le système en place et qui tente d’organiser des élections pour sauvegarder son espace est l’auteur du musellement de la critique et des lanceurs d’alerte. Plusieurs dossiers de fraudes fiscales, de détournement du foncier, de surfacturation, de marchés  ont été bloqués et classés. Mais certains gestionnaires honnêtes ont été emprisonnés sans rasions. La justice a été corrompue sous la pression de hauts responsables faisant partie du système oligarque.

Le pays traverse depuis des décennies une crise tant économique, morale que sociétale et l’absence de stratégie fait que seule une totale reconfiguration du profil du nouveau gouvernement en adéquation avec les nouveaux enjeux stratégiques pour l’avenir du pays soit rapidement mise en place. Les différents gouvernements, les multiples plans de redressement, les dossiers dits stratégiques sans stratégie, les mesures antipopulaires prises, les élections et le recours à la planche à billets n’ont pas résolu le problème. Le pays n’a plus besoin de politiciens qui n’ont pas su, après avoir dépensé plus de 2500 milliards de dollars, mettre le pays sur la voie du développement.

Une nouvelle feuille de route découlant d’un réel diagnostic transparent et débarrassé de toute teinte politique permettra à une nouvelle génération d’intellectuels de gérer le pays selon les normes internationales. Ces nouveaux leaders dans une réforme n’ayant pas fui le pays, n’ayant cautionné aucun parti ni personnalité au pouvoir, auront la responsabilité et le privilège d’élaborer et de concrétiser cette feuille de route. Mais cela n’est possible que si un assainissement total des corrompus est fait sans tergiversations ni remords.

La solution n’est pas pour demain puisque l’oligarchie est toujours présente avec ses responsables, ses députés et ses serviteurs au niveau de toutes les institutions. Il faut reconnaître que le président de l’Algérie a toujours été imposé ou choisi par l’armée qui d’ailleurs continue à être sollicitée par les partis et le peuple puisque c’est l’unique institution qui semble tenir les rênes du pouvoir et par conséquent la stabilité du pays.

Toutes les propositions de feuilles de route invitant au dialogue sont rejetées pour l’unique raison de ne pas dialoguer avec des personnes du système. Le vide constitutionnel brandi toutes les semaines fait sourire, car l’Algérie a vécu pendant plus de 6 ans sans président sans que ces personnes ne daignent appliquer cette référence. Pourtant la constitution à laquelle font référence certaines institutions permet la sortie de crise en éloignant les B et en appliquant les articles 7 et 8. Une force occulte tente de pérenniser le système le temps de prévoir une sortie de crise qui les arrange.